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Latin en seconde

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  • De Plaute à Molière

    Par admin bellevue-toulouse, publié le samedi 17 juin 2017 10:47 - Mis à jour le samedi 17 juin 2017 10:47

    De Plaute à Molière

     

    Extrait bilingue et commentaires des latinistes de Seconde

    du Lycée Bellevue (2016-2017)

     

    Comparaison des monologues des avares Euclion et Harpagon

    Plaute, La Marmite (Aulularia, acte IV, scène 9) et Molière, L'Avare (acte IV, scène 7)

     

     

    Textes

     

    EUCLION
    Périi, intérii, occidi! Quo curram? Quo non curram? Téne, téne! Quem? Quis? Néscio, nihil video, caecus eo atque équidem quo éam, aut ubi sim, aut qui sim, néqueocum animo cértum investigare. Obsécro égo vos, mi auxilio, oro, obtéstor, sitis et hominem demonstrétis quis éam abstulerit. Quid ais tu? Tibi crédere cértum est; nam esse bonum ex voltu cognosco. Quid est? Quid ridétis?novi omnes: scio furesésse hic complures, Qui vestitu et créta occultant sése atque sédent quasi sint frugi. Hem, nemo habet horum? Occidisti. Dic igitur, quis habe? Néscis? Heu me misere miserum, perii! Male pérditus, pessime ornatus éo, Tantum gemiti et mali maestitiaeque hic dies mi optulit, fanem et pauperiem!
    Perditissimus égo sum omnium in térra. Nam quid opust vita? Tantumauri perdidi quod concustodivi sédulo! Egomet me defraudavi aninumque néum geniumque néum; nunc érgo alii laetificantur méo malo et damno. Pati nequeo.

    Plaute, Aulularia, acte IV, scène 9

    Traduction

    EUCLION - Je suis fini, je suis mort, je suis assassiné. Où courir, où ne pas courir ? Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! Qui ? Et par qui ? Je ne sais, je ne vois rien, je suis aveugle ; où vais-je, où
    suis-je, qui suis-je, je ne suis plus certain de rien. Je vous en supplie, je vous le demande, je vous en conjure, secourez-moi, et montrez-moi l’homme qui me l’a enlevée.Que dis-tu, toi ? Je veux te croire ; je vois à ton visage que tu es un honnête homme. Qu’y a-t-il ? Pourquoi riez-vous ? Je vous connais tous ;  je sais qu’il y a ici beaucoup de voleurs qui, sous un vêtement blanchi, se dissimulent et sont assis à leur place, comme s’ils étaient de braves gens. Eh bien, personne, parmi les gens d’ici, ne l’a prise ? Tu m’as assassiné. Dis-moi, donc, qui est-ce qui l’a ? Tu ne le sais pas ? Ah, malheureux que je suis, tout est fini ! Je suis vraiment fini, et bien mal en point, tant ce jour m’a apporté de gémissements, de malheurs et de tristesse ! Et la faim, et la misère ! Je suis, de tous les vivants, le plus abandonné. A quoi me sert de vivre ? J’ai perdu tout l’or que je gardais si soigneusement ! Je me suis privé moi-même, moi, mon âme et mon génie ; et maintenant d’autres se réjouissent de mon malheur et de ma perte. Je ne puis le supporter !

    (texte traduit par Alfred Ernout, Les Belles Lettres, C.U.F., 1976.)


     

    HARPAGON. Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau...

    - Au voleur, au voleur, à l'assassin, au meurtrier. Justice, juste Ciel. Je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être? qu'est-il devenu? où est-il? où se cache-t-il? que ferai-je pour le trouver? où courir? où ne pas courir? n'est-il point là? n'est-il point ici? qui est-ce? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin... (Il se prend lui-même le bras.) Ah, c'est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas, mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie, tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde. Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris? Euh? que dites-vous? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute ma maison; à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés! Je ne jette mes regards sur personne, qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh? de quoi est-ce qu'on parle là? de celui qui m'a dérobé? Quel bruit fait-on là-haut? est-ce mon voleur qui y est? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part, sans doute, au vol que l'on m'a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences, et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après.

    Molière, L'Avare, acte IV, scène 7

    Commentaires

     

    Tout d'abord , la construction des textes entre Plaute et Molière a évolué : Molière a ajouté des didascalies dans son texte :« il se prend lui-même le bras ».

    Molière complète également le texte de Plaute en ajoutant quelques détails(amplifie certaines idées), il transforme des répliques, des questions : il ajoute par exemple l'idée de mettre la faute du vol de son or sur son fils

    «  Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a justement choisi justement le temps où je parlais à mon traître de fils ».

    Certaines idées changent de place dans les textes de Plaute et Molière : le passage racontant qu'Euclion (Harpagon pour Molière) a perdu son être le plus cher (l'argent)est située à la fin du texte de Plaute : »à présent que j'ai perdu un si beau trésor que je gardais avec tant de soin » devient, plus haut dans le texte de Molière : « Hélas, mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ». Euclion considère l'argent comme un « ami ».

     

    De plus, dans les textes de Plaute et Molière, Euclion(Harpagon) est avare, mais, dans le texte de Plaute, il est même désespéré : « Ah ! Je vous en conjure ». Dans le texte de Molière, Harpagon est encore plus désespéré, au point d 'en devenir fou « Rends-moi mon argent, coquin...(il se prend lui-même le bras) » ; « je veux faire pendre tout le monde ».

    Chez Molière, on remarque également qu'Harpagon vient « sans chapeau ». Or, se déplacer dans la rue sans chapeau était mal perçu à l'époque (convention sociale). Cela montre bien la confusion dans l'esprit d'Harpagon.

    Donc, Molière a amplifié le désespoir et la folie du personnage de Plaute.

     

    Dans son texte, Molière utilise le comique de gestes. Nous pouvons le remarquer avec l'usage de didascalies. Plaute ( puis Molière) utilisent également le comique de mots : « où courir ? Où ne pas courir ? ».

    Dans les deux textes, Euclion (Harpagon) demande l'attention de tout le monde pour une simple affaire de vol, et demande qu'on lui rende justice « Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux ». Donc, Euclion est peu amical, et ne pense qu'à son trésor.

     

    Dans le monologue de L'Avare et de L'Aulularia, les auteurs nous présentent le même personnage, un vieil avare, Harpagon et Euclion, qui après le vol de leur or, sont complètement désemparés, qui ne trouvent plus de raisons de vivre.

    Molière développe la personnification de l'argent déjà présente chez Plaute en un être bien aimé :«Et qu'ai-je à faire de la vie, a présent que j'ai perdu un si beau trésor» dit Euclion, et Harpagon : «Sans toi, il m'est impossible de vivre».

    Ils comparent aussi tous les deux, ce vol à un assassinat: «Je suis mort ! Je suis égorgé ! Je suis assassiné ! » de Plaute et « Je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge » de Molière. Molière accentue la folie de son personnage en introduisant un comique de gestes, il se bat avec lui-même : « Arrête. Rends-moi mon argent, coquin... (Il se prend lui-même le bras) ». Et pour Harpagon, il rajoute aussi sa vengeance :  «  Allons vite, […] et des bourreaux ». Molière et Plaute introduisent un comique de situation et de caractère avec le public qui lui rit au nez quand Harpagon et Euclion entament une série de questions à des personnes inconnues. Les deux textes possèdent les mêmes étapes principales, d'abord la série d'exclamations, la prise du voleur, puis l'avare qui devient fou et enfin le public qui lui rit au nez. Molière quant à lui, rajoute la vengeance du vieillard.

     

    Euclion et Harpagon débutent tous les deux leur monologue par des exclamations. En effet, on assiste, du côté d'Euclion, à une gradation allant de la mort au meurtre : « Je suis mort! Je suis égorgé ! Je suis assassiné ! ». On remarque le même type de figure à la fin de la période à propos de sa mort supposée : « C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré. » Harpagon, quant à lui, appelle comme s'il faisait face à une personne allant du voleur au meurtrier : « Au voleur, au voleur, à l'assassin, au meurtrier ! […] Je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. » Il est perdu , se trouve dans la confusion et est désespéré.

    Ensuite, on observe l'ajout de différents comiques dans l'Avare pour accentuer le rire. On distingue le comique de gestes (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau. Il se prend lui-même le bras.) et le comique de situation lorsque Harpagon s'adresse au public : « N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter , en me rendant mon cher argent......

     

    Harpagon et Euclion crient tous les deux au voleur : « au voleur, au voleur » et « au voleur ! » ; en latin : « Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! » qui s'écrit « Tene, tene ! » ; ils en deviennent même presque fous : « qui suis-je », « qui je suis » ; en latin : « aut qui sim », ils perdent leur identité; ils vont jusqu'à chercher qui c'est et se disent enfin que ce n'est personne.

    Molière rajoute dans son texte : « justice, juste Ciel » alors que Plaute n'y fait même pas allusion : cela est du au fait que juste ciel fait référence à la religion chrétienne.

    Auteurs: latinistes de Seconde 2016-2017, classes 206, 209 et 210. Professeur: Mme Raffin

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